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19 juin 2011

Bonne fête à tous les papas !


Eugène Manet et sa fille dans le  jardin de Bougival.
Berthe Morisot, 1883


"Dans une prochaine vie, papa, 
j'aimerais te reprendre comme père."
      Bernard Werber

1 mai 2011

Bon mois de Mai !



Si tu veux comprendre le mot de bonheur, 
il faut l'entendre comme récompense et non comme but.

Antoine de Saint-Exupéry

7 févr. 2011

Nasreddin Hodja est de retour !




Nasreddin Hodja et le savant

Djeha-Hodja Nasreddin avait un bac qu'il utilisait pour faire traverser la rivière aux gens. Un jour son passager fut un savant décidé à tester le savoir de Djeha-Hodja Nasreddin et à lui donner une leçon.
- Dites-moi, Djeha-Hodja Nasreddin, comment orthographiez-vous le mot "magnificence" ?
- Je ne sais pas, dit Djeha-Hodja Nasreddin en continuant de ramer.
- Combien font deux tiers de neuf ?
- Aucune idée.
- Comment calcule t-on la surface d'un triangle ?
- Pas la moindre idée.
- Vous n'avez donc pas appris tout cela à l'école ?
- Non !
- Dans ce cas, la moitié de votre vie est perdue.


À ce moment même, une terrible tempête survint et la barque commença à couler. Les deux hommes se retrouvèrent à l'eau, assez loin l'un de l'autre.
- Dites-moi, Monsieur le savant, dit Djeha-Hodja Nasreddin. Avez-vous appris à nager ?
- Non, jamais ! dit le savant qui se débattait pour ne pas se noyer.
- Dans ce cas, lui cria Djeha-Hodja Nasreddin, ce n'est pas la moitié, mais c'est votre vie entière qui est perdue.



Nasreddin, son fils et l'âne

Djeha-Hoja dit un jour à son fils, alors qu’il atteignait sa douzième année :
- Demain, tu viendras avec moi au marché.


Tôt le matin, ils quittèrent la maison. Djeha-Hoja s’installa sur le dos de l’âne, son fils marchant à côté de lui. A l’entrée de la place du marché, Djeha-Hoja et de son fils furent l’objet de railleries acerbes :
- Regardez-moi cet homme, il n’a aucune pitié ! Il est confortablement assis sur le dos de son âne et il laisse son jeune fils marcher à pied.
Djeha-Hoja dit à son fils :
- As-tu bien entendu ? Demain, tu viendras encore avec moi au marché !


Le deuxième jour, Djeha-Hoja et son fils firent le contraire de la veille : le fils monta sur le dos de l’âne et Djeha-Hoja marcha à côté de lui. A l’entrée de la place, les mêmes hommes étaient là, qui s’écrièrent :
- Regardez cet enfant, il n’a aucune éducation, aucun respect envers ses parents. Il est assis tranquillement sur le dos de l’âne, alors que son père, le pauvre vieux, est obligé de marcher à pied !
Djeha-Hoja dit à son fils :
- As-tu bien entendu ? Demain, tu viendras de nouveau avec moi au marché !


Le troisième jour, Djeha-Hoja et son fils sortirent de la maison à pied en tirant l’âne derrière eux, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent sur la place. Les hommes se moquèrent d’eux :
- Regardez ces deux idiots, ils ont un âne et ils n’en profitent même pas. Ils marchent à pied sans savoir que l’âne est fait pour porter des hommes.
Djeha-Hoja dit à son fils :
- As-tu bien entendu ? Demain, tu viendras avec moi au marché !


Le quatrième jour, quand Djeha-Hoja et son fils quittèrent la maison, ils étaient tous  deux juchés sur le dos de l’âne.
A l’entrée de la place, les hommes laissèrent éclater leur indignation :
- Regardez ces deux-là, ils n’ont aucune pitié pour cette pauvre bête !
Djeha-Hoja dit à son fils :
- As-tu bien entendu ? Demain, tu viendras avec moi au marché !


Le cinquième jour, Djeha-Hoja et son fils arrivèrent au marché portant l’âne sur leurs épaules. Les hommes éclatèrent de rire :
- Regardez ces deux fous, il faut les enfermer. Ce sont eux qui portent l’âne au lieu de monter sur son dos.


Et Djeha-Hoja dit à son fils :
- As-tu bien entendu ? Quoi que tu fasses dans ta vie, les gens trouveront toujours à redire et à critiquer.

7 oct. 2010

Supercalifragilist'etc..., le mot magique !



Mary Poppins, mon héroïne de toujours, en livre comme en film, 
et son mot magique qui donne du fil à retordre pour le prononcer, 
mais met invariablement le sourire aux lèvres.
Et sourire, nous en avons bien besoin !

Illustration de Mary Sheppard

Illustration de Mary Sheppard

 Julie Andrews, 1964




Amusez-vous bien !   


30 sept. 2010

Septembre s'en va...



 "ah ! Que ce dernier jour de septembre est donc beau !
Ma tristesse sourit. Elle qu'avril offusque,
se laisse décider par l'automne, moins brusque."
Cyrano de Bergerac, acte V sc 4
Edmond Rostand


Mucha. Septembre

Mucha. Automne

21 août 2010

Nasreddin Hodja : trois nouvelles histoires.




Nasreddin organisait des fêtes formidables chaque semaine. Le roi jaloux, fit appeler Nasreddin. Quand il le reçut, il lui demanda :
- Nasreddin, comment fait-tu pour organiser de si belles fêtes ?
- Eh bien..je parie. Et je gagne toujours.
- Ah oui ? D'accord. Veux-tu parier pour 10 dinars ?
- D'accord. Parions que...que demain, tu te réveilleras avec un tatouage sur la fesse  gauche.
- Un tatouage ? D'accord, mais cela est impossible.
Le lendemain matin, dans la chambre du Roi :
- Nasreddin , tu t'es trompé, il n'y a aucun tatouage sur ma fesse .
- Montre-moi, je veux en être sûr.
Alors, le roi baisse rapidement son pantalon.
- Tu vois, tu as perdu.
Nasreddin accepta sa défaite.
Le soir même, Nasreddin organisa une fête, encore plus grande que la précédente. Le roi, furieux, appela Nasreddin et lui dit :
- COMMENT AS-TU PU ORGANISER CETTE FETE ?
- Eh..bien je parie..et je gagne
- C'est faux ! J'ai parié avec toi et tu as perdu !
- Mais j'ai aussi parié avec le vizir...
- Ah oui ? Et qu'as tu parié ?
-Eh bien... J'ai parié que s'il se cachait dans ta chambre, il te verrait me montrer tes fesses !


Pain quotidien

Des gardes viennent arrêter Hodja. Le sultan veut le confronter avec les sages les plus éminents du pays, qui l'accusent d'hérésie. Pour sa défense, Hodja demande qu'on donne de quoi écrire aux savants. Il les invite à répondre par écrit à une seule question : « Qu'est-ce qu'un pain ? »

Et puis, il lit les réponses à l'assemblée :
Pour le juriste, le pain est une nourriture.
Pour le physicien, c'est de la farine et de l'eau.
Pour le théologien, un don du Ciel.
Pour le géographe, une pâte cuite.
Pour le philosophe : cela dépend de ce qu'on entend par "pain".
Pour le médecin, c'est une substance nutritive.
Enfin, pour l'historien, personne ne sait ce que c'est.

Puis, il se tourne vers le sultan et dit :

- Seigneur, ils sont incapables de se mettre d'accord pour définir une chose qu'ils mangent tous les jours. Comment pourraient-ils décréter de commun accord que je suis un hérétique ?



 La boisson

- Oh ! Fatima chérie, dit Djeha-Hodja Nasreddin, la boisson te rend si belle.
- Mais je n'ai rien bu, dit sa femme.
- Bien sûr, rétorqua Djeha, c'est moi qui ai bu.






20 août 2010

Nasreddin Hodja, histoires


Nasreddin Hodja, gravure du XVIIe s.


Nasreddin Hodja et le pommier

Djeha-Hodja Nasreddin plantait un pommier dans son jardin quand le sultan vint à passer ; il s'arrêta et dit à Djeha-Hodja Nasreddin, d'un ton moqueur :
- Voyons, Djeha-Hodja Nasreddin ! Pourquoi te donnes-tu tant de peine ? Tu ne mangeras jamais les fruits de ce pommier. Tu sais bien que tu mourras avant qu'il ne commence à produire des pommes.
Ce à quoi Djeha-Hodja Nasreddin répondit :
- Oh Sultan ! Nous mangeons les fruits des pommiers plantés par nos pères, et nos enfants mangeront les fruits des pommiers plantés par nous.
Cette réponse pleine de sagesse plut au sultan qui, en récompense, donna une pièce d'or à Djeha-Hodja Nasreddin.
- Oh Sultan ! , dit Djeha-Hodja Nasreddin en empochant la pièce, voyez comme ce pommier a déjà donné des fruits.
Cette remarque fit rire le sultan, qui lui donna une autre pièce d'or.
- C'est de plus en plus extraordinaire, s'écria Djeha-Hodja Nasreddin. Voilà un pommier qui donne deux récoltes par an.
Le sultan se mit à rire aux éclats et donna une troisième pièce d'or à Djeha-Hodja Nasreddin.


Les figues

Nasreddin Hodja décide d’offrir à Tamerlan (chef des Huns) quelques figues de son jardin pour se concilier ses bonnes grâces. Le Hodja ignore à quel point le Tartare a ces fruits en horreur.
A peine Nasreddin les lui a-t-il donné que Tamerlan en prend une bien mûre et la lui lance au visage.
- Allah est grand ! s’exclame Nasreddin sans broncher, quoiqu’il soit tout couvert du jus et de la chair éclatée.
Agacé Tamerlan en prend une autre et recommence.
- Grâces te soient rendues, Allah !
Et Nasreddin a l’air aussi content que si on lui annonçait une livraison de halva.
- Arrête, fils de chacal ! cria Tamerlan exaspéré. As-tu fini de rendre aussi stupidement grâce au ciel ? Tu ne vois pas dans quel état j’ai mis ta tête et ton turban ?
- Je comprends ta surprise, ô mon maître, mais quand je pense que j’ai failli t’apporter des melons !

 Le soleil ou la lune

On aimait bien embarrasser Nasreddin Hodja avec des questions oiseuses ou carrément impossibles à résoudre. Un jour, on lui demande :
- Nasreddin, toi qui es versé dans les sciences et les mystères, dis-nous quel est le plus utile du soleil ou de la lune
- La lune sans aucun doute. Elle éclaire quand il fait nuit, alors que ce stupide soleil luit quand il fait jour.

Miniature ottomane de l'étude de la lune et des étoiles, XVIIe s.


26 mars 2010

Rose des Sables





J’ai longtemps regretté ma rose des sables. C’était le seul ornement de ma chambre d’enfant ; mon père l’avait ramassée dans le désert. Cette fleur de pierre, fille du vent, m’émerveillait. Il m’arrivait de croire que c’était un morceau d’étoile. J’étais un enfant heureux, j’allais en classe avec plaisir, je comprenais tout sans effort.

Mon maître paraissait sévère. Il venait de France, disait-on. Il avait les cheveux gris, les yeux gris. Il arrivait toujours en costume trois pièces, et, avant d’enfiler sa blouse, posait sur le coin du bureau sa montre de gousset en or, qu’il consultait de temps à autre. Le soir, avant l’étude, il me disait de porter cette montre chez lui, je n’ai jamais su pourquoi. C’était pour moi comme le saint sacrement. 

Un jour, il convoqua mes parents. Ils me rapportèrent, me voyant inquiet, qu’il n’avait aucun reproche à me faire, bien au contraire. Il leur avait dit que j’étais un enfant intelligent, qu’il ne faudrait jamais arrêter ma course, quelles que soient les circonstances. Il savait qu’ils étaient pauvres. Le soir même, bien que je n’eusse pas faim, ma part de purée augmenta, je compris que mon avenir était en route. 

On était en juin. Mon père décida, sur les conseils d’un ami arabe, qu’il fallait quitter l’Algérie pour la France ; des évènements graves se préparaient. Ce fut pour moi un coup de tonnerre. J’avais onze ans, j’avais lu dans les livres qu’il fallait être fort ; j’accusai le coup sans rien laisser paraître. Ainsi, il me fallait quitter ma terre, mes copains, mon instituteur, M. Coche. J’eus envie de lui faire un cadeau d’adieu. Mais quoi ? Je n’avais rien… 

C’est alors que je pensai à ma rose des sables. Je l’enveloppai dans du papier journal, je la lui offris à la fin des cours. Il défit le papier, regarda avec intensité, très ému, sans rien me dire. Il posa sa main sur mon épaule, ce fut pour moi comme une bénédiction. 

Les années passèrent, l’image de ce maître s’effaça dans ma mémoire, du moins je le croyais. Je regrettais même cette rose des sables qui résumait, à elle seule, mon enfance. Je devins professeur dans la banlieue parisienne. Dès la première année, j’eus la chance d’avoir un élève kabyle d’une intelligence lumineuse. Il venait de perdre son père, comme moi à son âge, il avait quinze ans. Je l’aidai de mon mieux à passer ce cap difficile. Je lui disais qu’il avait un bel avenir. Halam Yhaddadène est aujourd’hui médecin chercheur aux Etats-Unis. 

Le dernier jour de classe, comme il allait quitter le collège pour le lycée, il attendit que les autres élèves partent pour m’offrir un cadeau. Je défis le papier journal, sans deviner un seul instant ce qu’il pouvait contenir. 

C’était une rose des sables…

Maurice

(Mémoire de maîtres, paroles d’élèves. ed. Librio)

   

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