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30 nov. 2011

Kolonya





Puis-je vous parler aujourd’hui de la Kolonya, cette petite cologne citronnée turque fort modeste et très populaire ?

Une composition à faire hurler tout nez (de parfumerie) qui se respecte de par son écriture simplissime, simpliste, même. Des records de ventes à faire pâlir bien des maisons de parfum : il s’en déverse des millions de litres chaque année au creux des seules mains turques !

La Kolonya est un héritage de l’Eau de Cologne, préparation parfumée aux agrumes, aux plantes aromatiques voire aux fleurs, tendance présente aussi en Turquie, même si elle est loin de détrôner l’incontournable «limon kolonyasi», la Cologne au citron.

Et pourtant, cette recette si simple a su, au fil des ans, détrôner la traditionnelle eau de roses (distillée depuis le IXe siècle !) utilisée à tous moments en Turquie.
Très appréciée de la Cour Ottomane à la fin du XIXe siècle, l’Eau de Cologne «débarqua» dans la rue dès le début du XXe siècle par le biais de pharmaciens qui créèrent et vendirent dans leurs officines les premières «recettes» populaires (la Kolonya soulage aussi les migraines, -en friction sur les tempes-, les malaises et évanouissements).

Eyüp Sabri Tuncer a commencé à produire sa Kolonya en 1920 dans une petite boutique à Ankara. Fin commerçant, il offrait à ses visiteurs de petites bouteilles de Kolonya et une brochure d'information. 
Tuncer a été le premier en Turquie à promouvoir un produit par le biais de la publicité, et ce premier produit fut …Kolonya, dont il fit déposer le nom.

 


Qu’en est-il exactement de cette Kolonya ? De l’alcool, de l’eau, du parfum, on laisse macérer très peu de temps et on embouteille. En flacon de verre, mais très souvent aujourd’hui, hélas, en bouteille de plastique, et même au litre dans un petit jerrican vendu au supermarché pour un prix modique. Quoi de plus simple ?

En Turquie le flacon de Kolonya est omniprésent.
C’est une eau de bienvenue : dès qu’un invité arrive, il est de coutume de lui proposer de se rafraîchir avec de l’eau de Cologne, qui de plus a des vertus antiseptiques.
Pas un voyage en autocar ne pourrait se dérouler correctement sans le passage du bagagiste, qui arpente l’allée centrale pour verser le précieux liquide citronné au creux des mains tendues.
Dans les salons de coiffure et chez les barbiers, la Kolonya est proposée à la fin du service. Ah, la friction à la Kolonya après un double rasage au coupe-chou !
Tout bar, restaurant, lokanta (cantine de cuisine traditionnelle) a sur son comptoir un flacon, juste à côté d’un bocal de bonbons, et souvent de clous de girofle (digestifs et antiseptiques)…s’en verser dans le creux des mains est un geste automatique à la fin d’un repas.
En visite chez des amis ou à l’hôpital, c’est le précieux flacon que l’on offrira en priorité…même si personne n’en manque jamais.

Modernité des temps oblige, on trouve désormais très souvent des lingettes imprégnées en lieu et place du flacon, dans les restaurants ou en avion. Il existe aussi une «cologne touristique»…souvenir que ramènent les vacanciers.
Mais il reste encore des villages où demeure la tradition de faire remplir son flacon chez le pharmacien, qui, lui, transvase depuis d’énormes bonbonnes.


 Au-delà de ses vertus pharmaceutiques et de ses multiples emplois dans la vie quotidienne et l’hospitalité, la Kolonya est aussi utilisée pour se parfumer d’une senteur légère et rafraîchissante. Quand même !

Très honnêtement, ce n’est pas le parfum du siècle, non. Il y a bien peu à en dire en langage parfumesque : ni pyramide, ni évolution, ni sillage.
C’est davantage une odeur omniprésente en Turquie, un souffle de fraîcheur qui vient chatouiller les narines très fréquemment, en quelque lieu que l’on se trouve.
C’est le parfum des voyages, celui des repas partagés, du temps passé à savourer le temps qui passe…des souvenirs de moments précieux qui se ravivent dès que coule la Kolonya au creux des mains.

Le parfum d’une autre vie, ailleurs…



VDD  

9 sept. 2011

Quand Guerlain passe en cuisine : La petite robe noire





Laver, équeuter et dénoyauter des cerises noires et juteuses.
Les pocher rapidement dans une infusion de réglisse, 
en ajoutant les noyaux enfermés dans une étamine 
et des gousses de vanille fendues.

 
  

Egoutter en récupérant le jus, le filtrer, et le faire réduire à feu vif 
en ajoutant du sucre ambré,
un trait de caramel liquide et un verre à liqueur d’amaretto.
Quand le sirop épaissit, ôter du feu, 

verser sur les cerises pochées, 
et laisser refroidir.
Réserver au frais.

Servir la compotée accompagnée 
d’une boule de sorbet aux fruits rouges 
et de macarons à la rose.

Intéressante recette, me direz-vous peut-être.
Délicieux dessert en perspective, 
tout de douceur, de fraîcheur et de parfums...

Parfum !
Le mot est dit !
Parfum...
Car cette "recette" est celle d'une eau de parfum Guerlain, 
une exclusivité parisienne :


Un nom qui évoque un vêtement intemporel (cher à Chanel),
un flacon historique, - il a abrité l'Heure Bleue et Mitsouko, 
deux "monstres sacrés" de chez Guerlain -, 
dans une version qui se veut mode et jeune...sacrilège !


Un savoureux dessert mixé, filtré, et conditionné avec soin, 
un jus fleuri, fruité, sucré, agréable certes, 
MAIS
cette Petite Robe Noire est une robe moderne.
Jolie pour une soirée mais sans avenir dans l'Histoire de l'Art.
Il en est de même pour le jus.



 


VDD  
  

23 avr. 2011

Caresse, Fragonard




La femme au canapé, Kees Van Dongen, c1930



Un flacon noir et or, chic et rétro.
Un nom qui appelle à la douceur, qui évoque l’intime.
Une maison ancienne du sud de la France qui abrite cette petite merveille de 1929, "réinterprétée" en 2008 par un nez comptant de gros succès de parfumerie à son actif : Jean Guichard, créateur de Loulou, Secret Obsession et Deci-Delà, pour ne citer qu’eux.
Il n’en fallait pas davantage pour piquer ma curiosité. Bien m’en a pris !

Dès les premiers instants, on se sent en présence d’un parfum confortable, moelleux, riche, au sillage à la fois troublant et réconfortant, une odeur connue sans être pour autant immédiatement identifiable, un air de déjà-senti au sens positif du terme… un souvenir, une réminiscence, un parfum déjà porté ?
Un parfum "classique", toujours au sens le plus noble du terme.

Quelques hespérides en tête, mais veloutés, comme un jardin d’orangers, en Méditerranée, au soir tombant.
Une rose épanouie enveloppée d’un voile de patchouli, réhaussée de prune et de bois : l’espace d’un instant, je pense à Secret Obsession (tiens, tiens…) et à Organza Indécence. Une pensée, pas une copie conforme.
Le jasmin est perceptible, un jasmin frais, fleuri sans être entêtant, comme il en pousse autour de la Méditerranée. Un rien aldéhydé, peut-être… Hummm, je pense à Joy et à Arpège, tout à coup : ce ne sont pas les plus mauvais parfums de la création !
S’imposent alors les effluves fruités et veloutés de la pêche et de l’abricot, effluves qui embaument l’air des pays du Sud. Les fruits ne sont ni juteux ni sirupeux, mais délicatement chauffés au soleil, cuits, confits, et le parfum prend des allures de Nahéma (pêche /rose). Et  surtout, surtout, en filigrane mais supportant l’harmonie du parfum, c’est Mitsouko que je reconnais (pêche confite/boisé chypré).
Ce parfum du sud, revendiqué comme hommage à la Riviera, prend des accents orientaux doux et langoureux.
L’ensemble est velouté, fondu, harmonieux, les notes s’unissent à la perfection.



Dieu des parfums, où donc ai-je mis le nez ? Ce parfum d’une belle complexité, et pourtant si facile à porter ne lésine pas sur les notes précieuses et les matières nobles ayant fait le succès de grands classiques.
Un fond baumé, musqué, crémeux complète à merveille la "recette" et renforce la beauté classique de cette fragrance inouïe.
Inouïe par son sillage, inouïe par son équilibre, son confort, et cette classe folle qu’elle dégage.


Bien que très présent et d’excellente tenue au fil des heures, ce n’est pas un parfum envahissant. Non, c’est plus délicat, plus ténu, féminin en diable et toujours ce moelleux, ce confort, ce réconfort : une odeur de peau, une peau parfumée, certainement… mais oui, c’est cela : un soupçon de vanille crémeuse se mêle au musc pour enrober l’ensemble d’une douceur infinie.

Une caresse, oui, c’est bien de cela qu’il s’agit ! Caresse légère comme une plume, caresse maternelle rassurante, caresse enfantine si touchante, caresse d’une chevelure parfumée sur une joue, caresse d’un velours, d’une étole de cachemire, d’un foulard de soie.
Caresse angélique, on touche à la grâce (Grasse ?)...


Les classiques, les parfums qui sentent le parfum ont encore de beaux jours devant eux !



 VDD 
 

2 mars 2011

Géranium pour Monsieur, éditions de parfum Frédéric Malle

Géranium, Odilon Redon


Un parfum « double effet Kisskool »

Le départ est très menthe glaciale, des notes déroutantes, persistantes, qui m’évoquent une mousse à raser "effet mentholé", ou un gel douche.
Vient ensuite un beau géranium, aromatique plus que fleuri, un cœur présent mais sans lourdeur, car contrebalancé par la fraîcheur mentholée, en touche de plus en plus en discrète, adoucie mais présente, en contrepoint d’une envolée d’épices.
Le parfum oscille entre fraîcheur et opulence, l’un équilibrant l’autre, pour se fondre dans la peau et révéler un parfum finalement intime : l’arrivée des muscs, sans doute. Des muscs différents, qui l’un donne un côté propre et savonneux (je reviens à mon gel douche ultra frais), et l’autre une animalité sensuelle (eh oui ! Peau + géranium = mélange détonnant pour mes sens…hummm).

Au final, une fougère rétro, un rien baumée (encens, santal, benjoin), modernisée par la menthe de tête.

Un parfum étonnant à la découverte ! J’étais à deux doigts de mon incontournable "beurk" (je supporte mal les odeurs de menthe !) et puis non ! La magie a opéré, en prenant son temps, certes !
Le sniffage du poignet a viré compulsivement au tic, ou au T.O.C !

Une révélation inattendue ! Sublime sur peau d’homme.
 
 
 

18 févr. 2011

(In)Citation au parfum !


Gil Elvgren, Sports Model, 1943

Pour attirer les hommes, 
je porte un parfum qui s'appelle
"Intérieur de voiture neuve" !
Rita Rudner
(actrice et scénariste américaine)

  Gil Elvgren, 
I Run Into The Most Interesting People, 1948 

  

16 févr. 2011

Essence, Narciso Rodriguez



Sur touche, j'ai eu une moue vaguement déçue...ça ne sent quasiment rien, rien d'autre que l'alcool, vaguement parfumé, mais à quoi ???
Je l'ai pschitté...et ai pensé "ah, ce n'est donc que çà !".
J'ai senti de la rose, puis un truc vaguement éternuant et poivré qui m'a dérangée en tête, un peu vert, un peu piquotant, puis chatouillant, une pointe d'iris ? Puis de la poudre musquée...rien qui ne me retourne vraiment les sens.

Je l'ai oublié sur mon poignet pendant des heures, mais lui s'est rappelé à moi à chaque mouvement, en douceur, sans agressivité, mais avec présence !!!
Une présence qui s'intensifie quand arrivent enfin les muscs !
Ces muscs...ces muscs...je ne trouve pas mes mots pour les décrire. Très fins, délicats, cotonneux...aériens, doux, rassurants, cocons. A peine mêlés de rose, à peine bousculés par l'iris. 

Une douce rosée bienfaisante.



Il a fallu des heures pour que je capte la beauté et l'équilibre de ce parfum...

Je crains que beaucoup ne passent à côté en le testant trop rapidement !
On dit que les notes sont toutes présentes en proportions égales, une formule des plus simples qui lui donne pourtant son caractère propre, à mille lieues de la production actuelle.

Ce n'est pas un parfum qui se donne facilement, qui explose avec évidence.
 

C'est un parfum filigrane. A la fois lumineux et diaphane.
Très réussi à mon nez.


Le commentaire de Monsieur mon fils à mon retour, - "Tiens, tu sens la Maman (ndlr = le musc blanc), mais pas tout à fait comme d'habitude" -, m'a confortée dans l'idée que ce parfum avait un truc !!!




VDD  

14 févr. 2011

Mon Shalimar et moi





Shalimar !

J'ai 20 ans, je commence à travailler, et je cherche un parfum.
J'écume les parfumeries, les Guerlain me font de l'oeil. Je suis dans une période bleue (mais pas encore l'Heure Bleue)...le bleu du bouchon de Shalimar.

Personne n'a jamais porté de Guerlain autour de moi, je ne les connais qu'à travers les magazines, qu'à travers ma curiosité pour la maison Guerlain, que dans les testeurs, et mon premier salaire me permet d'entrer dans ce que je pense être "la cour des grands"...On est un peu bête, à 20 ans !!!

Je hume ce Shalimar qui me semble inaccessible, qui me semble être le summum de la féminité et du chic...moi qui sors de l'adolescence, et d'Anaïs Anaïs et Eau Jeune.

Au premier pschitt...tout est dit ! Shalimar, c'est moi !

On dirait le slogan d'une campagne de publicité !

Oui, ce parfum dont j'aime le nom...Shalimar "temple de l'amour", en sanscrit, les jardins de Shalimar, la belle histoire d'amour et le Taj Mahal...cela me plaît, et, peut-être, inconsciemment, tout ce qu'il y a autour de ce parfum m'attire, autant que le jus lui-même, je crois !


Jardins de Shalimar

Taj Mahal

Mais ce jus !!! Cette force et cette douceur entremêlées, cette vanille poudrée et crémeuse, ce benjoin, ces effluves cuirées et ambrées, et la fameuse guerlinade que je découvre...tout cela me colle rapidement à la peau !

Enfin, les dimanche et jours de fête, car... j'économise ce premier flacon d'eau de toilette.
Jusqu'au moment où je ne parviens plus à me passer de la fragrance, qui petit à petit s'est imprégnée en moi.

L'histoire d'amour a commencé...elle dure depuis plus de 20 ans !!!
Oh, avec des hauts et des bas, comme dans toutes les histoires. Des oublis, des abandons, des infidélités, des retours, des redécouvertes !

Shalimar m'a accompagné dans tous les moments heureux de ma vie... rencontres, mariage, naissances.

Et je l'ai de moi-même délaissé quand ça n'allait pas, comme si je voulais le préserver de ce qui me touchait !

Je l'ai porté dans toutes les concentrations, c'est le seul parfum dont j'ai conservé les flacons et la recharge.
C'est le seul parfum dont j'ai utilisé la gamme dérivée.

Bien sûr, Shalimar a changé, a évolué, a muté même...on le lui reproche beaucoup...moi la première !
Néanmoins, comme pour les gens qu'on aime, je lui pardonne ses failles.
Et comme pour les personnes qui nous sont précieuses, je savoure intensément chaque instant passé en sa compagnie.

Un tout petit flacon d’extrait, d’ essence de Guerlain, s’est imposé face aux énormes flacons d’eau de toilette ou de parfum dont je m’aspergeais autrefois.
Nous vivons désormais ensemble une autre vie, plus intime, et plus chaleureuse aussi.

Quand je pense à moi-même, je sens automatiquement Shalimar...
Que l’on interroge mes enfants, et ils répondront "Shalimar, c’est le parfum de Maman" , Monsieur mon fils ajoutant "c’est le parfum de ma vie".

Je me demande d'ailleurs si ce n'est pas l'odeur de ma peau !



VDD  

26 janv. 2011

Parisienne, Yves Saint-Laurent





Caban YSL. 1962

C'est bien la petite soeur de Paris !
Une petite soeur espiègle, fraîche, pétillante.
Une petite soeur qui joue les grandes, pour ressembler à sa soeur Paris (pas Hilton, n'est ce pas ? Du moins, ne le lui souhaitons pas !)

La fragrance rose violette de Paris est là, mais mêlée de mûre, qui la dynamise sans la sucrer à l'excès, lui donne du pep's. Une mûre contrebalancée par la verdeur de la pivoine, ce qui évite le côté sirop de fruits de bien des jus actuels.
Puis la fragrance s'assourdit, pour révéler le bouquet floral, où la rose domine, une rose moins veloutée que dans Paris, tout en étant suave. La violette est là, en pointillés, pour rappeler la parenté.
Les notes s'alanguissent sur un fond de santal et de musc, qui lui donnent une belle assise et un sillage très "Paris". Mais c'est sans compter sur le vétiver qui vient réveiller l'ensemble, rappelant dans une ultime pirouette que Parisienne pétille de son dynamisme.

Coupe de champagne et marshmallows...

Parisienne, quand elle sera grande, portera Paris !!! C'est sûr !
En attendant, c'est sa grande soeur qui risque fort de lui emprunter son parfum. "Par erreur", dira-t-elle : "les flacons se ressemblent tant" !!!

Un joli parfum, moderne et classe à la fois. "So French", il fera de chacune une Parisienne.
La Parisienne mutine de Kiraz ! 


Longue silhouette sexy sur visage juvénile, elle fait claquer ses talons aiguille sur les pavés, mais s'empêtre parfois ses si longues jambes, ce qui la fait rire, de ce rire cristallin et enfantin.
A la fois mode et intemporelle, candide et glamour, vive et drôle, elle incarne LA Parisienne.
Une parisienne qui, sous ses airs de femme libre, rêve du prince charmant. Qui porte des robes noires vertigineuses tout en regrettant ses jupes plissées roses.


Par contre, une fois de plus, je n'accroche pas du tout au spot publicitaire, ou plutôt au message véhiculé.
Kate Moss, toujours magnifique, classe et distante juste ce qu'il faut, est trop...hummm...vénéneuse pour ce jus. Plus absinthe que grenadine.

Ou serait-ce un décalage voulu entre l'apparente ingénuité du parfum et la Parisienne imprévisible ?


 VDD  

12 janv. 2011

Lady Million, Paco Rabanne





"Mais si, tu la connais, Lady Million !

Elle est trop belle ! Bon, au début, avec ses cheveux, on dirait Barbie coiffée par ma petite soeur.
En plus, elle a un truc : elle claque des doigts quand elle veut quelque chose, elle doit se prendre pour Mary Poppins, ou Joséphine Ange Gardien. Elle est marrante. Mais ça marche !!!
Tu vois qui ? Mon frère, il dit qu’elle est aussi bling-bling que Roma Carlton* avec ses robes à paillettes et son air nunuche.
Oui, mais quand même, à la fin, elle sort avec le type de One Million, il est trooooooooooop craquant, lui. Et son parfum trop top, en forme de lingot d’or !
Mon frère, il les appelle Barbie-et-Ken-font-clac-clac. Pfff…

Et le flacon de Lady Million, tu l’as vu ? Il est trooooooooop beau. Un diamant tout doré, trop classe.

Ma copine Cindy, elle l’a eu, tu verrais, quand elle sort le gros Diams de son sac Guc-tton**, çà le fait ! Elles bavaient toutes, au bahut.
Moi, j’ai eu le droit d’en mettre, de son parfum.

Il sent trooooooooop bon. Je sais pas bien te dire quoi, mais un truc qui fait "femme", au moins…16 ans, c’est pas du Nivea Baby, çà !

Quand je suis rentrée, je te dis pas, à la maison !

Ma mère : "T’as encore essayé tous les nouveaux trucs de la parfumerie en même temps. C’est quoi ce mélange lourdingue ? Bouh que c’est écoeurant ! Et c’est plein de patchouli ! Ma migraiiiiiiiiiiine !"

Bien sûr, ma mère, elle met un parfum d’il y a au moins des années, qui sent la rose, y a pas une de mes copines qui le connaît. Ma mère dit que c’est un parfum "classique".

Ma petite sœur : "Ooooh ! ça sent troooooooooop bon, comme quand Mamie elle met son parfum. Pareil."
Elle est mignonne, mais elle a cinq ans. Et ma mère, elle dit que Mamie se renverse un flacon par jour sur la tête ! Et que c’est pas distingué, surtout que ses parfums sont pas discrets. Enfin, selon ma mère. Moi, j’aime bien le Giorgio de Mamie, et tiens, Lady Million, çà ressemble un peu.

Mon frère : "Pouah ! On te suit à la trace ! J’préfère pas imaginer si y en a une qui m’colle avec c’t’horreur ! Grillé, le mec ! D’ailleurs, moi, j’approche pas une meuf qui cocotte ce truc."

Là, c’est louche, mon père, ça l’a intéressé : "Cool, ce parfum, vite, un flacon, chérie ! Et plus besoin de greffer de puce anti-vol ni d’acheter de ceinture de chasteté aux filles."

Mon frère et lui, ils ont gloussé pendant au moins cinq minutes, j’ai pas bien compris. Mais du coup, j’ai pas dit que j’en voulais un aussi, de flacon. Danger, là. J'ai du flair !

Mon père, il a rajouté : "Bizarre, on dirait le parfum de Madame Frifri". 
Madame Frifri, c’est la poissonnière.
Mon frère et lui, ils ont re-gloussé. Ma mère, çà l’a pas fait rire. Oui, parce que Madame Frifri, elle est "vulgaire", comme dit ma mère, juste parce que Madame Frifri met du maquillage de toutes les couleurs, des tas de parfums, et plein de fringues de marques trop top.
Elle est cool pour une vieille comme ma mère***.
Mais ma mère, elle dit que tous ces mélanges d’odeurs, plus l’odeur de la marée, çà lui colle sa migraiiiiiiiiiiiiiine !

Le soir, on a revu la pub à la télé, et là j’ai pensé que j’allais enfin pouvoir dire que je voudrais bien un flacon…
Mais ma mère a lâché : "rien qu’a voir la pub, tu devines le truc passe-partout, superficiel, je prends tout ce qui est à la mode, des fleurs, des fruits, du sucre, je mélange, et clac : un nouveau parfum ! Tiens, moi aussi je sais le faire ! Clac !"
Là-dessus,  mon père, qui fait son philosophe savant : 
"Quand j’y pense, le Paco, il en avait une super, de Lady Million ! Belle, classe, et qui portait bien ses robes, elle. Il aurait mieux fait d’y penser, il aurait eu un parfum en or, un vrai."
 

Il a dit que c’était Françoise Hardy. Tu connais ?
Il paraît que c’est la mère de Thomas Dutronc et qu’elle était chanteuse, quand mes parents étaient petits.
 
Et mon père, le mot de la fin qui tue, sur la fille de la pub : 
  
"Parce que là, sa Lady Million, c’est plutôt Lady Centimes !"
 .
 .
 .
Chuis dég’ !"
Julia, bientôt 12 ans, janvier 2011



 * Roma Carlton : toute ressemblance constatée avec une personne connue, bla bla bla...montrerait que vous vous y connaissez en people ! 
** Là encore, toute ressemblance avec des marques bla bla bla...vous connaissez la suite
*** NDLR : vieille de 40 ans maximum

 

Pour s'entraîner à faire "clac"...on ne sait jamais ! :-)


VDD 
  

22 déc. 2010

Après l'Ondée, Guerlain



 Claude Monet. Le jardin de l'artiste à Giverny

Après l'Ondée m'évoque un tableau impressionniste.
Les petites touches de Monet peignant inlassablement son jardin de Giverny...
Ce parfum m'emplit avant tout de la sérénité ressentie à la contemplation de ses tableaux.

C'est un parfum en petits points, les fleurs s'entremêlent, se répondent, se complètent. La symphonie des fleurs jouée en sourdine, des notes égrénées doucement, empreintes d'une certaine bienheureuse nostalgie.

La première fois que je l'ai senti, sur mouillette, après la violette, modeste, je n'ai hélas retenu que de l'anis et de l'oeillet (que je ne supporte ni l'un ni l'autre), à plein nez, avant que la tenue défaillante n'efface tout, trop rapidement...Le sentir sur papier ne lui rend pas hommage et le dessert totalement.
Mais il a continué à m'intriguer...

Après l'Ondée est un iris mouillé de perles de rosée, accompagné de la délicatesse des violettes à peine écloses, pas encore chauffées par le soleil...
La note anisée qui avait d'abord froissé mon nez est bien là, mais plus douce sur la peau, elle augure délicatement l'Heure Bleue, dont Après l'Ondée pourrait être une esquisse délicate, un pastel peut-être.

Le temps de se délecter de sa fraîcheur humide, de ses effluves de sous-bois, voilà que le bouquet se réchauffe : le soleil fait son oeuvre.
"Après la pluie, le beau temps", et Après l'Ondée se révèle, dans une tendre envolée de senteurs fleuries : une violette romantique et poudrée, un oeillet prudemment épicé, un mimosa crémeux, un iris joyeux, ni métallique ni terreux. Une vanille point délicatement, héliotrope et ambre percent doucement, annonçant une fois encore la future Heure Bleue, esquissant la fameuse guerlinade.

Certes, Après l'Ondée, l'atmosphère se réchauffe...mais dans une évanescence poudrée, une embrassée riche de senteurs, qui pourtant demeure diaphane, cristalline.

Après l'Ondée, c'est la danse d'abord timide des faunes et des fées des jardins, qui se transforme en une joyeuse mais discrète sarabande.
C'est marcher pieds nus dans la rosée d'un matin lumineux et parfumé.
C'est un moment doucement heureux, comme dans un temps pour un instant suspendu.

C'est une partie de campagne, en un autre siècle, quand les dames en robes vaporeuses prenaient le soleil à l'ombre des chapeaux à voilette, protégées par de jolies ombrelles aux teintes pastel.
Des dames poudrées, parfumées, tout en retenue, tout en discrétion...

Encore des tableaux...Monet, toujours.

Nostalgie d'un temps passé...


Claude Monet. Femmes au jardin


  Flacon d'hier, flacon d'aujourd'hui...


VDD  
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