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22 juin 2011

Une envie de rose...


Beauté et Pétales de Rose
Louis Marie de Schryver



Mon coeur s’ébat en odorant la rose

Mon coeur s’ébat en odorant la rose
Et s’éjouit en regardant ma dame :

Trop mieux me vaut l’une que l’autre chose.
Mon coeur s’ébat en odorant la rose.

L’odeur m’est bon, mais du regard je n’ose
Jouer trop fort, je vous le jur’ par m’âme.
 

Mon coeur s’ébat en odorant la rose
Et s’éjouit en regardant ma dame.


Jehan Froissart (1337-1404)


29 mai 2011

A Maman


Roses et Lys. Mary Mc Monnies. 1897



A maman


Mon coeur me dit que c'est ta fête.
Je crois toujours mon coeur quand il parle de toi
Maman, que faut-il donc que ce coeur te souhaite ?
Des trésors ? Des honneurs ? Des trônes ? Non, ma foi !
Mais un bonheur égal au mien quand je te vois.

Victor Hugo, 1816


27 mai 2011

Des bouquets de violettes...


Elizabeth Whitehead. Violets

La violette

A Mme B. T.

Dans les prés verts où le ruisseau
Passe et murmure,
Tu mires au cristal de l'eau
Ta tête pure;
Petite fleur qu'un souffle suit,
- Si parfumée, -
Par toi la brise de la nuit
Est embaumée.

Lorsque l'étoile, à l'horizon,
Pâle s'allume,
Sur ta corolle son rayon
Blanc se parfume;
Quand tu fuis les regards de tous,
Humble et discrète,
Ton doux parfum, ô Violette,
Monte vers nous.

Le premier souffle du printemps
Te fait éclore.
Et l'hiver qui blanchit nos champs
Te voit encore;
Dans la mansarde, ô douce fleur,
À la souffrance
Tu portes l'agréable odeur
Et l'espérance.

Quand nos larmes tombent sur toi,
Triste rosée,
Tu consoles dans son émoi
L'âme brisée;
Lorsque ton calice fermé
Devient tout pâle,
Ton dernier souffle qui s'exhale
Est parfumé.

Napoléon Legendre 
(Les perce-neige)


Portrait de Camille au bouquet de violettes
Monet, 1877

 Un bouquet de violettes
William Worcester Churchill

 Berthe Morisot au bouquet de violettes
Manet, 1872



1 mai 2011

Le muguet, Maurice Carême


Cicely Mary Barker

Le muguet

Cloches naïves du muguet,
Carillonnez ! car voici Mai !

Sous une averse de lumière,
Les arbres chantent au verger,
Et les graines du potager
Sortent en riant de la terre.

Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !

Les yeux brillants, l’âme légère,
Les fillettes s’en vont au bois
Rejoindre les fées qui, déjà,
Dansent en rond sur la bruyère.

Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !

Maurice CARÊME (1899-1978)


20 mars 2011

C'est le printemps !



Le printemps, Alfons Mucha
Le Printemps, Pierre Auguste Cot



  Printemps

Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !
Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,
Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !
Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
Se courbent mollement comme de grandes palmes ;
L'oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;
Il semble que tout rit, et que les arbres verts
Sont joyeux d'être ensemble et se disent des vers.
Le jour naît couronné d'une aube fraîche et tendre ;
Le soir est plein d'amour ; la nuit, on croit entendre,
A travers l'ombre immense et sous le ciel béni,
Quelque chose d'heureux chanter dans l'infini.

Victor Hugo 

 Le printemps, Marc Chagall

 Le printemps, Sandro Botticelli


Le printemps, René Magritte

22 janv. 2011

Bouquet de violettes



Manet, Bouquet de violettes

A une violette

De nos pensers muets odorant interprète,
Fleur de ma bien-aimée, ô douce violette,
Fleur chère à nos amours et non moins qu’eux discrète,
Va trouver ma Rêveuse au front pâle et charmant,
Va parfumer son sein de ton souffle embaumant,
Va mourir sur son cœur, ô fleur que je respire !
Dans tes chastes senteurs qu’un peu de moi transpire :
Dis-lui bien..., dis-lui tout ce que je ne sais dire
Ni ne sais taire entièrement.

Auguste Lacaussade


Mary Vaux Walcott
 William Curtis's Botanical Magazine

 Edgar-Maxence
Jeune fille au bouquet de violettes


 Ebru
Papier marbré turc
 
 Magritte
Le chant de la violette





9 janv. 2011

Les Roses de Saadi


 Flabellifera
John William Godward

J'ai voulu ce matin te rapporter des roses;
Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n'ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.
Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir;

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée...
Respires-en sur moi l'odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore

Vue aérienne de la palmeraie Bou Saada, détail
Etienne Dinet

 An offering to Venus
John William Godward


5 nov. 2010

Rose(s) !


  The time of roses, John William Godward


"Je vous salue, ô roses, étoiles solennelles. 
Roses, roses joyaux vivants de l’infini, bouches, seins, 
vagues âmes parfumées, larmes, baisers ! 
grains et pollen de lune, 
ô doux lotus sur les étangs de l’âme, 
je vous salue, étoiles solennelles."

 Federico García Lorca (La prière des roses)


 

31 oct. 2010

Poème amérindien





Quand je ne serai plus là, relâchez-moi,
Laissez-moi partir.
J'ai tellement de choses à faire et à voir.
Ne pleurez pas en pensant à moi,
Soyez reconnaissants pour les belles années,
Je vous ai donné mon amitié.
Vous pouvez seulement deviner
Le bonheur que vous m'avez apporté. 

Je vous remercie de l'amour que chacun vous m'avez démontré,
Maintenant, il est temps de voyager seul.
Pour un court moment vous pouvez avoir de la peine.
La confiance vous apportera réconfort et consolation.
Nous serons séparés pour quelque temps.
Laissez les souvenirs apaiser votre douleur. 

Je ne suis pas loin et la vie continue …
Si vous avez besoin, appelez-moi et je viendrai.
Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là.
Et si vous écoutez votre cœur, vous éprouverez clairement
La douceur de l'amour que j'apporterai. 

Et quand il sera temps pour vous de partir,
Je serai là pour vous accueillir.
Absent de mon corps, présent avec Dieu. 

N'allez pas sur ma tombe pour pleurer,
Je ne suis pas là, je ne dors pas,
Je suis les mille vents qui soufflent,
Je suis le scintillement des cristaux de neige,
Je suis la lumière qui traverse les champs de blé,
Je suis la douce pluie d'automne,
Je suis l'éveil des oiseaux dans le calme du matin,
Je suis l'étoile qui brille dans la nuit.
N'allez pas sur ma tombe pour pleurer,
Je ne suis pas là. Je ne suis pas mort.

   

  

27 sept. 2010

Sonnet pour Sarah


Sarah Bernhardt  
dans la Princesse Lointaine, d'E. Rostand

***

En ce temps sans beauté, seule encor tu nous restes,
Sachant descendre , pâle, un grand escalier clair,
Ceindre un bandeau, porter un lis, brandir un fer,
Reine de l'attitude et princesse des gestes.

En ce temps sans folie, ardente, tu protestes !
Tu dis des vers. Tu meurs d'amour. Ton vol se perd.
Tu tends des bras de rêve, et puis des bras de chair.
Et, quand Phèdre paraît, nous sommes tous incestes.

Avide de souffrir, tu t'ajoutas des coeurs ;
Nous avons vu couler - car ils coulent, tes pleurs ! -
Toutes les larmes de nos âmes sur tes joues.

Mais aussi tu sais bien, Sarah, que quelquefois
Tu sens furtivement se poser, quand tu joues,
Les lèvres de Shakespeare aux bagues de tes doigts ! 

Edmond Rostand

 
Clairin : Sarah Bernhardt dans le rôle de Mélisande
 

5 sept. 2010

Bohêmiennes...


"Je vous parle d'un temps 
que les moins de vingt ans...
La Bohème, la Bohème..."
Charles Aznavour 


Quand la Bohême et les Bohêmiennes 
faisaient partie de l'ART, 
il y a longtemps, 
dans un monde ouvert à toutes les cultures...
 


Jeunes Bohêmiennes, Bouguereau
La Bohêmienne. 1890. Bouguereau

Bohémiens en Voyage

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s'est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L'empire familier des ténèbres futures.

Baudelaire, les Fleurs du Mal


Les roulottes, campement de bohémiens. Van Gogh

La Bohémienne, Modigliani



"L'Amour est enfant de Bohême, 
Il n'a jamais, jamais connu de loi"
Carmen, Georges Bizet



15 août 2010

Danse orientale (I)


Arabian Nights, Hans Zatzka


La danseuse orientale

Par un jour, la cour du prince convia une danseuse
Accompagnée de ses musiciens.
Elle fut présentée à la cour,
Puis elle dansa devant le prince
Aux sons du luth, de la flûte et de la cithare.
Elle dansa la danse des flammes et celle des épées,
Elle dansa la danse des étoiles et celle de l’univers,
Puis elle dansa la danse de la séduction et de l’envoûtement.
Et le prince d’être subjugué.
Il la pria de s’approcher.
Elle se dirigea alors vers le trône
Et s’inclina devant lui.

  "Belle femme, fille de la grâce et de la joie, d’où vient ton art ?
Comment peux-tu maîtriser la terre et l’air dans tes pas,
L’eau et le feu dans ta cadence ?"
La danseuse s`inclina de nouveau devant le prince et dit:
"Votre Altesse, je ne saurais vous répondre,
Mais je sais que :
L’âme du philosophe veille dans sa tête,
L’âme du poète vole dans son cœur,
L’âme du chanteur vibre dans sa gorge,
Mais l’âme de la danseuse vit dans son corps tout entier."

Khâlil Gibran 


The Harem dancer, Hans Zatzka



In the harem, Fabio Fabbi

16 juil. 2010

Fleurs de prunier...




Que n'ai-je un pinceau
Qui puisse peindre les fleurs du prunier
Avec leur parfum !
Kuroyanagi Shoha



15 avr. 2010

Les parfums, Anna de Noailles


 
 Anna de Noailles, par Ignacio Zuloaga.

Les parfums

Mon coeur est un palais plein de parfums flottants
Qui s'endorment parfois aux plis de ma mémoire,
Et le brusque réveil de leurs bouquets latents
- Sachets glissés au coin de la profonde armoire -
Soulève le linceul de mes plaisirs défunts
Et délie en pleurant leurs tristes bandelettes...
Puissance exquise, dieux évocateurs, parfums,
Laissez fumer vers moi vos riches cassolettes !
Parfum des fleurs d'avril, senteur des fenaisons,
Odeur du premier feu dans les chambres humides,
Arômes épandus dans les vieilles maisons
Et pâmés au velours des tentures rigides ;
Apaisante saveur qui s'échappe du four,
Parfum qui s'alanguit aux sombres reliures,
Souvenir effacé de notre jeune amour
Qui s'éveille et soupire au goût des chevelures ;
Fumet du vin qui pousse au blasphème brutal,
Douceur du grain d'encens qui fait qu'on s'humilie,
Arôme jubilant de l'azur matinal,
Parfums exaspérés de la terre amollie ;
Souffle des mers chargés de varech et de sel,
Tiède enveloppement de la grange bondée,
Torpeur claustrale éparse aux pages du missel,
Acre ferment du sol qui fume après l'ondée ;
Odeur des bois à l'aube et des chauds espaliers,
Enivrante fraîcheur qui coule des lessives,
Baumes vivifiants aux parfums familiers,
Vapeur du thé qui chante en montant aux solives !
- J'ai dans mon coeur un parc où s'égarent mes maux,
Des vases transparents où le lilas se fane,
Un scapulaire où dort le buis des saints rameaux,
Des flacons de poison et d'essence profane.
Des fruits trop tôt cueillis mûrissent lentement
En un coin retiré sur des nattes de paille,
Et l'arôme subtil de leur avortement
Se dégage au travers d'une invisible entaille...
- Et mon fixe regard qui veille dans la nuit
Sait un caveau secret que la myrrhe parfume,
Où mon passé plaintif, pâlissant et réduit,
Est un amas de cendre encor chaude qui fume.
- Je vais buvant l'haleine et les fluidités
Des odorants frissons que le vent éparpille,
Et j'ai fait de mon coeur, aux pieds des voluptés,
Un vase d'Orient où brûle une pastille...




Anna de Noailles,  Le coeur innombrable


                                                                
                                                                  

2 avr. 2010

Baudelaire, Byredo




  
Les transcriptions parfumées des univers littéraires ne m'émeuvent guère.

Ainsi "Baudelaire" de Byredo...
La démarche aurait pu être intéressante, la composition semblait alléchante : bois, cuir, tabac, poivre et baies, encens, ambre et patchouli...des notes "évidentes" dans l'univers baudelairien tel que je me l'imagine. Ne manque que l'absinthe, quoique...une note m'y fait furtivement penser.

Las, après un départ prometteur et affirmé bizarrement "revival eighties" (du XXe siècle !), le jus devient très consensuel, d'une banalité affligeante, comme si le créateur avait voulu devenir olfactivement correct, pour ne pas choquer.
Trop lisse, tout cela, trop propret, trop dans le ton des jus dilués de ce XXIe siècle, et surtout, très très loin de l'univers des Fleurs du Mal, même si soi-disant inspiré du poème "Parfum exotique".

Bon sang ! Il eût fallu là un parfum subversif, débordant de notes fortes, s’entremêlant, s’entrechoquant, s’épousant, se repoussant pour mieux s’unir ensuite, des notes à la fois lascives et violentes, des notes chaudes, incandescentes, brûlantes, tourbillonnantes, jusqu’à l’étourdissement des sens, avant le calme et la volupté d’après l’amour, et ses notes ambrées musquées, cumin aussi.
Un parfum riche, sombre, épais, baumé.

Ici, c’est un Baudelaire censuré auquel on a affaire, un Baudelaire bridé dans la sensualité, dans l’érotisme, - qualifié à l’époque de pornographie -,  de ses vers.
Un hors-sujet ! Pire : un non-sens total dans l'explication de texte.

Un parfum très 2010 dont les effluves allégés à l’extrême, voire dilués, eurent beaucoup déstabilisés le poète, tant on est loin de cet univers, de cette idée des odeurs, senteurs et parfums qu’il a voulu transcrire en mots choisis.

Estampillé "pour nous, les hommes !", c’eût été un déo spray tout à fait correct, même si peu original, dans la veine de ceux dont nous étouffent certains mâââles éprouvant le besoin d’affirmer leur virilité à coups de notes agressives dites masculines.

Pompeusement baptisé "Baudelaire", c’est une trahison !
Irrévérencieux à l’extrême, cet apprenti parfumeur dit "de niche" vend à prix indécent une fragrance essoufflée, tant elle ressemble à beaucoup de jus masculins  (réussis, ceux-là !) des années 80, et même aux créations de certains voisins de niche, plus inspirés.

Choisir Baudelaire pour univers demande sensibilité, talent et imagination. N’est pas artiste qui veut, sauf si le marketing est désormais un art.


notes de tête : genièvre, poivre, cumin
notes de coeur : jacinthe, cuir, encens, notes aromatiques
notes de fond : papyrus, ambre noir, cuir


Portrait de Baudelaire par Gustave Courbet


Je me console en savourant le poème de Baudelaire, 
et en rêvant à ce qu’un parfumeur, un vrai, eût imaginé pour en retranscrire 
la richesse olfactive.



Parfum exotique
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'œil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal


VDD
  
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