30 nov. 2009

Muscs Koublaï Khän, Serge Lutens


T.E. Lawrence par Augustus John

De son nom mystérieux, on ne retient que MuscS, au pluriel, cependant…cela devrait mettre la puce à l’oreille.
D'où peut-être l’énorme surprise en humant MKK pour la première fois : on imagine du « propre », et on est projeté aux antipodes des odeurs quasi aseptisées dans lesquelles on imagine l’Extrême Orient.
C’est ici l’Extrême Orient des cavaliers, la route des épices, les territoires et leurs parfums conquis lors de combats sanguinaires, l’empereur de Chine, Koubilaï, et surtout son illustre grand-père, Gengis.

 Ce parfum est un musc, oui, mais pas de ces muscs cocons, cotonneux, enveloppants, rassurants, doudous. NON ! C’est ici un musc sale, un VRAI, animal, bestial, quasi fécal, et pourtant si sensuel.


Et pourtant, ce n’est pas l’histoire de cet Orient-là que me raconte MKK. Ce sont d’autres cavaliers, d’autres combats, d’autres conquérants qui s’imposent à moi. Empire ottoman, empire arabe…c’est à Lawrence d’Arabie que je pense en respirant ce parfum. Lawrence à cheval, dans une course folle ; Lawrence à dos de chameau, la caravane s’étirant paisiblement dans le désert ; Lawrence qui vivait comme les Arabes portant les mêmes vêtements, voiles et turbans, usant de leurs coutumes et habitudes.



Et ce musc, que l’on qualifiera de crottin de cheval, de crotte de chameau ou autre odeur de bouc ne ressemble-t-il pas certains ouds ? Et mélangé intimement comme il l’est au cumin, qu’on associe très souvent à une odeur de sueur, et qui chez les orientaux est le parfum de leur peau, n’évoque-t-il pas plutôt les attars ?


Eh oui…Monsieur Serge raconte un Orient, et j’en sens un autre, qu’il aime tout autant et raconte très souvent. Très étrangement, ce n’est pas la première fois que je sens cette passerelle entre les deux Orients dans les créations de Lutens, qui a peut-être reconstitué SON Orient idéal.


Quel choc dans les notes de tête ! Entre l’envoûtement et le rejet total, on est abasourdi, assommé, dérangé, secoué, et pourtant attiré par cet éventail des matières animales de la parfumerie jetées au nez en une fois. On tente de le respirer à plein nez, mais il ne se donne pas si vite : il prend à la gorge, étouffe, presque, l’espace d’un instant. Il faut dominer le parfum, comme on domine l’animal.
Quelle horreur ! ai-je souvent entendu.
Quelle splendeur, dis-je, surtout depuis que je l’ai senti en version liquide, bien loin de la concrète si souvent testée. Le jus révèle l’extrême sensualité animale de MKK, un côté charnel indéniable.





Lawrence d’Arabie me revient à l’esprit, avec cette splendide musique de Maurice Jarre, ce désert blond, ce ciel si bleu, ces constructions si belles jaillissant de nulle part.
Mais Lawrence, à cette heure-ci, ne chevauche plus, non.


MKK, désormais, c’est désormais l’homme au repos, après l’effort de la journée. Il est nimbé d’une odeur un peu animale, une odeur de peau, surtout. Très très envoûtante, très très sensuelle, très très….hummm…orientale, toujours.
Un moment encore, et ce sera l’heure du bain. Débarrassée de la fatigue et de la chaleur de la journée, la peau prendra un parfum plus doux, plus intime.
Une odeur de propre. Une peau parfumée de savon à la rose. Une eau de toilette boisée. Un parfum de douceurs sucrées et vanillées…
Des vêtements propres, séchés au soleil : voilà le musc blanc lessiviel qui se pose sur la peau.
Et pourtant, si on approche son nez de cet endroit précis, là, dans le cou, on respire une odeur quasi magique, douce et rassurante : le parfum de la peau, un musc si…spécial, unique et reconnaissable entre tous.


VDD  
 
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